Guide Historique du village de Huppy

Descriptions sommaires des monuments, de l’histoire du village, de ses personnalités. 

 HUPPY HISTORIQUE 

  Aux Routes de France, (Route du Roman, Route du Gothique, Route Jacques Cœur, Route des Valois), il convient d’ajouter la route du Lys de France et de la Rose de Picardie.
Cette route touristique et historique permet aux amateurs d’Histoire incrustée dans les monuments, de découvrir sur les routes de Picardie, le trajet et les lieux parcourus par les Rois pendant huit siècles.
De Saint-Denis à Boulogne-sur-Mer, d’Hugues Capet à Napoléon, une portion de cette route sillonne Le Vimeu et fait étape à Huppy, haut lieu historique s’il en est.

  Huppy, village Picard du Vimeu, composé d’un mélange d’habitations, de vergers et de pâtures, se situe sur la route départementale D 928 reliant Rouen-Abbeville, à 11 kms d’Abbeville, 45 kms d’Amiens et 25 kms des plages de la Manche. Huppy est un village d’agriculteurs avec ses maisons de maître. Il compte à ce jour un peu plus de 700 habitants. Le village intègre les hameaux
de Poultière et Trinquies dans sa communauté, une surface totale de 1081 hectares et une altitude de 98 mètres (Point l.G.N au pied de l’église).

  Découverte du nom dans une charte de Jean Comte de Ponthieu en 1160 HUPI et en 1163 HUPPI. Jadis, Huppy était composé de deux seigneuries Huppy Haut et Huppy à Lattre. Les deux Seigneuries de Huppy furent réunies en 1497 avec près de 1200 habitants. Il n’y a plus de trace du château de Huppy Haut, il restera la rue Là-haut. Huppy passe à la famille De Grouches à la fin du XVIéme siècle. C’est Louis XIV qui érige la terre en Marquisat. Le château fût fini en 1692 par Augustin De Grouches, Marquis de Chépy.

  Le château vous accueille avec son porche du XVéme siècle et ses trois tilleuls séculaires. En arc de cercle de gauche à droite ou de l’Ouest au Sud, un coup d’œil au corps de ferme, avec son pigeonnier, de bois et torchis, visible dans le bouquet d’arbres :ensuite les ruines d’un bâtiment servant de bûcher pour l’approvisionnement en bois. Puis, de briques et de pierres, le château fût bâti par Augustin De Grouches 1692 : date sur le mur près du porche d’entrée. Il se compose d’un corps principal de logis flanqué de deux tours au Sud. L’aile nord est perpendiculaire dans le prolongement de l’ancien château du XVéme siècle ; ils étaient reliés ensembles autrefois. La cave entre deux, inondée maintenant, sert de réserve d’eau. Le vieux château en ruines conserve encore une fenêtre à meneaux, l’emplacement de la cuisine et dans la tour nord une prison. A droite du château se trouvent les parterres et l’ancien potager transformé en’1984 en parc floral. Au bout des parterres, un énorme marronnier a l’originalité de s’étendre en plusieurs arbres par marcottage (originalité de la nature). Derrière le château, un grand parc aux hêtres séculaires l’ensemble de la propriété est cerné par un mur de briques picardes. Le château fût cédé à la famille Joly-Buiret vers 1900 et devint la propriété de la famille De Nolf en 1984 à ce jour.

  L’église Saint-Sulpice, de style gothique flamboyant avec une touche de roman tardif, est bâtie en craie de pays, éclatante de blancheur malgré les ans, les outrages du temps ,et la folie des hommes. Bombardée en 1940, elle fut restaurée sans tarder de 1945 à nos jours et principalement de 1950 à 1970. Dominée par l’imposante tour carrée du clocher, surmontée’ de sa fine flèche de bois et d’ardoises cernée à son sommet, telle une glorieuse couronne, par une magnifique galerie ajourée d’où le visiteur pourra, à 25 m du sol et en toute sécurité, admirer la campagne encore préservée et découvrir alentour les villages signalés parleurs clochers émergeant des bouquets d’arbres.
L’intérieur ne manque pas non plus d »intérêt ; une nef et un unique bas-côté nord, voûtés de bois (chêne et châtaignier) en forme de carène de bateau renversée, haute placée, laissaient voir les culots et les gerbes, départ d’une voûte imaginée mais jamais réalisée. Par contre. le chœur, les transepts et la croisée sont dotés de voûtes en pierre à doubleaux. diagonaux, tiercerons et liernes sculptés réunis par des clés à pendentifs finement travaillés; l’ensemble pouvant sans contestation rivaliser avec sa voisine de Fontaine-sur-somme. A noter que les voûtes effondrées par les bombardements en mai 1940 ont été rebâties avec le plus grand soin, copies conformes aux originales, mais ne sont malheureusement pas finies d’être sculptées. Pour la croisée et le transept, il manque les pendentifs toujours à terre.
Les vitraux classés qui sont souvent cités et décrits méritent à eux seul la visite. Les deux plus anciens, historiés et datés de 1545, ornaient jadis la chapelle seigneuriale, réservée aux habitants du
château La capelle ed’ ch’ mossieux. Tous les vitraux ont été posés par le maître verrier Monsieur Claude Courageux.
La chapelle était dotée avant la guerre d’une magnifique cheminée monumentale qui ne sera malheureusement jamais refaite.
Sous le Maître Autel un Christ gisant du XVIIéme siècle classé, au visage d’une intense expression. Face aux fidèles, une superbe statue en pied représente un évêque bénissant, crossé et mitré (pourquoi pas Saint- Sulpice patron de l’église?). A gauche de l’autel, une Vierge à l’Enfant, copie d’une Vierge Lorraine sculptée à la demande de M. l’Abbé Yves Morel Notre-Dame de la Réconciliation, vibrant hommage à la Vierge, chère au cœur de l’Abbé. Une commémoration est célébrée tous les ans, au mois de mai, par une messe en présence des représentants de toutes les nations mêlées au conflit qui détruisit l’église, priant ce jour-là d’une commune ferveur pour que la réconciliation ne soit pas un vain mot.
Sur le mur du Narthex, la plus vieille Croix du cimetière en fer forgé torsadé, ornée il y a encore peu de temps de fleurs de lys aux abouts. Le petit Christ couronné est lui même en fer forgé main ; au dos, vous distinguerez une petite niche noire qui renfermait jadis une Vierge à l’Enfant de même facture.
A l’extérieur, le long du mur Sud du clocher se trouve une Croix monumentale en tuf, classée du XIéme ou XIIéme siècle (les écrits ne sont pas d’accord), qui ornait l’allée centrale de l’ancien cimetière.

  L’ancien cimetière : comme dans la plupart des villages Picards, le cimetière cernait l’Eglise. Celui de Huppy a été déplacé au début du XXéme siècle (L’interdiction d’enterrer date de 1909). Depuis, comme dans presque tous les cas, cette partie du village est restée un véritable ossuaire, malgré les exhumations sérieusement faites. Il reste une multitude d’ossements à fleur de terre.
En 1984 l’ASPACHuppy (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Artistique et Culturel d’Huppy), nouvellement créée, s’est émue de cet état de choses. Ayant eu connaissance qu’il existait dans des familles du village de vieilles croix de fer forgé provenant du vieux cimetière, l’Association, en accord avec la municipalité, décida de remettre en place certaines belles croix pour appeler le passant à se recueillir et à respecter ce lieu de repos et de méditation.
Il subsiste également les vestiges d’un frontispice avec une devise Fac Bene Semper, Mori Spes Etíam, qui appartenait au sanctuaire privé de la famille Douville-Maillefeu du château de Valna à proximité.

Salles et chapelles Paroissiales : La plus ancienne salle se trouve à moitié chemin de la rue de l’église au niveau et face au calvaire. Elle appartient à la famille Alside Mellier-Dégardin, coquetier de son état ch’coc0nier de père en fils depuis 1870. Elle fût construite avant 1914 à la demande du prêtre de l’époque pour servir de société de musique. Elle fût gracieusement mise à disposition pour servir l’office du culte en 1940 suite au bombardement de l’église, jusqu’à fin 1943. Cette salle ne pouvant contenir tous les pratiquants, fin 1943, une chapelle provisoire fût édifiée à
mi-chemin de la rue des Juifs, dans une grange en briques partiellement détruite en 1940, appartenant à la famille Duboille-Tentel dont la particularité était d’être la plus grande du village. Cette chapelle était garnie de statues de plâtre achetées pendant et après la guerre. Elles ne trouvèrent pas place dans l’église, mais restent un témoignage de la foi des Huppinois, malgré les heures tragiques et les moments difficiles, et ont servi à meubler et embellir la chapelle pendant près de 30 ans.
Suite à la réouverture de l’église vers 1969-1972, la chapelle devint salle paroissiale de l’église et enfin salle des fêtes municipale avant d’être abandonnée. A proximité vous pouvez apercevoir une vieille grange à foin-charetteríe de style Normand-Picard, en torchis et bois.

 L’Ecce Homo, petite Chapelle en briques, reconstruite vers 1850, se situe à la sortie du village sur la route de Doudelainville-Oisemont. Elle remplace une chapelle de torchis qui datait du début du XVIIIéme siècle avec la particularité d’être dédiée à la Vierge. L’intérieur de la chapelle, voûté de lambris, est meublé d’un autel très simple, en bois peint, le fond est agrémenté de draperies, de deux chandeliers, et de quelques statues en plâtre dont une de la Vierge.

Musée Huppy Autrefois, dont la particularité est d’être installé dans des salles superposées et aménagées, se situe dans le clocher de l’église. Au premier étage, sur la voûte du narthex, une première salle consacrée aux vestiges de l’église bombardée en Mai 1940. Ces vestiges étaient entreposés au château pendant près de 44 ans.
Une tête d’évêque en pierre va vous intriguer. Elle est liée au règne de Louis XIV : Jean-Baptiste Poultier né à Huppy en 1653, descendant du Sieur Colart-Poultier habitant en 1450 le hameau de
Poultiere aurait manifesté dès son jeune âge des dispositions pour la sculpture en taillant au couteau de petites figurines en bois tout en gardant ses vaches. Une biographie détaillée est consultable à la bibliothèque (Chapelle près de l’Eglise).
Un sculpteur d’Abbeville nommé d’Outrereau lui donne les premières notions de sculpture. Ce sera un autre sculpteur d’Abbeville nommé Lempereur, déjà connu, qui le recommande à un de ses amis statuaire à Paris où il deviendra célèbre. Il sculpte pour l’Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet et à partir de 1681 il travaille à la décoration de Versailles. En 1685, J .B. Poultier modelait en terre un groupe d’enfants qui fut coulé en bronze pour le bassin de Vénus, puis la statue de Cérès, trouvée fort belle par le Roi Soleil. Il en exécute bon nombre pour le parc de Versailles, mais la plus belle et la plus célèbre est la statue de Didon qui se trouve à gauche de la grande allée Allée Royale qui descend du château.

Jean-Baptiste Poultier Sculpteur ordinaire du Roi Louis XIV, le Roi Soleil ami des arts

  A Paris il travaille à l’église des Invalides, à l’Hôtel de Vendôme, à l’église Notre-Dame des Victoires, etc… Plus près de nous à Amiens, à la cathédrale, les statues de Saint Firmin, premier Évêque d’Amiens et Saint-François de Sales. Mais Jean-Baptiste Poultier n’avait_ pas oublié son village natal d’Huppy et par une pieuse et délicate attention il sculpte en 1698 le Saint de son église la statue de Saint-Sulpice.
La statue avait 1,60 m de hauteur et était taillée d’un seul bloc de pierre. Le Saint revêtu du costume pontifical, coiffé de la mître, assis sur une cathèdre : il est à prêcher la bouche entrouverte. De cette oeuvre, il ne reste que le Chef, récupéré pieusement parmi les décombres de l`église bombardée en 1940, par la famille Joly-Buiret, propriétaire du château depuis 1900, ,où elle resta 44
ans. Elle est revenue à l’église en 1984 et trône maintenant dans un cadre digne d’elle.
Toujours au 1er étage, statues, tableaux, ornements religieux, draperies de Dais, les clochettes des trépassés ch’ clocheteux et autres objets sont regroupés pour votre plus grand plaisir.
La deuxième salle, située dans la base du beffroi de la cloche, L’histoire avec un grand: Une partie est dédiée aux différents passages du Général De Gaulle. Dans une petite vitrine toute simple,
une bague, mais quelle bague! Cette bague a appartenu à Mme Elisabeth de France, la sœur de Louis XVI, et confiée à l’un de ses geôliers avant de monter à l’échafaud en 1794. Donnée à un certain Camille Delfour, elle se trouvait dans l’héritage du Baron Delbeck, ami du châtelain; décédé au château d’Huppy en 1975. Dans la même vitrine, bien qu’ayant suivi d’autres chemins et vécu d’autres péripéties, une mèche de cheveux de Marie-Thérèse de Bourbon, Duchesse d’Angoulême (Mme Royal ou Mme la Dauphine). A côté un fragment d’une de ses robes retrouvée dans une sacristie à Versailles.
Le Baron Delbeck avait toujours souhaité que ces précieuses reliques restent à Huppy, aussi en faisant don au Musée, la famille Buiret exauçait ce vœu.

  L’on peut découvrir également, les archives du relais de poste aux chevaux, les archives municipales et paroissiales, l’histoire des cloches, la Révolution, médailles et cachets de cire; photos
anciennes et plans, sports d’autrefois…Une bombe ! Oui, une bombe de 250 kg de 1944 qui n’a pas explosé. Elle fut déterrée et désamorcée en août 1984 (40 années plus tard !), et elle est depuis
exposée au musée. .
La troisième salle, à la hauteur des abat-son, par une meurtrière agrandie par l’ASPACHuppy, retrace l’histoire des cloches et des croix du clocher. .
La quatrième salle se situe dans le fût de la flèche. Une magnifique charpente de clocher peut y être découverte. Cette salle retrace la vie ouvrière, le compagnonnage et les corporations au travers
d’outillage ancien : le musée du travail. Un autre excellent musée de machines et outils agricoles est à découvrir dans le village au 17 rue des Moulins.

  Mai 1940, le château d’Huppy abrita le poste de commandement (QG) du_ Général De Gaulle, commandant la 4° Division de Cuirassé, au moment de la bataille d’Abbeville du 28 au 31
Mai. Le Général de Gaulle revient en pèlerinage à Huppy en Mai 1949, il y reste presque un jour complet. Le repas « popote » se déroule sous le grand hêtre chez la famille Ledru Melkior. Une messe est célébrée sur le perron du château devant des milliers de personnes. En ce jour, il inaugura une plaque commémorative sur le mur d’enceinte du château. Dans son discours il ne cache pas son émotion quand il dit de ces événements-là, je vous le dis ici à Huppy, c’est de ces événements-là qu’est partie une autre histoire… oui, c’est ici qu’en vint l’idée à celui qui vous parle…. Les événements sont ceux de mai 1940 quand il est contraint d’abandonner le sol Français. L’idée, c’est le célèbre Appel du 18 juin lancé depuis Londres et commémore tous les ans devant la plaque et le buste du Général. *
En 1964, c’est le Président de la République Française Charles De Gaulle qui, en visite officielle de la Picardie, ne manque. pas de faire une halte à Huppy qu’il n’a pas oublié. En signant le Livre
d’Or, il dit, … je signe moins bien qu ‘en 1949.

  Guerre 1940-1945 : un monument commémoratif de la bataille d’Abbeville.est érigé à l’entrée du village sur la route départementale D 938 . Sa particularité est d’être un monument dédié aux soldats de toutes nationalités morts aux champs de bataille.

  En flânant dans ce petit village Picard on peut découvrir encore des puits, porches, fours, bâtiments à pompes à incendie, maisons de torchis, calvaires, maisons de maître du siècle passé, et encore dans certains pignons, de petits oratoires abritant le plus souvent une vierge semblant veiller sur la demeure.

   La route du. Lys de France et de la Rose de Picardie quitte Huppy pour se diriger vers Saint-Maxent, Rambures, Gamaches, Eu, Mers, Le Tréport,… mais ceci est une autre découverte.

Historique reconstitue grâce aux archives de l’ASPACHuppy et des Huppinois
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